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 Rivesaltes : les hoquets de l’Histoire

del.icio.usPar le Chef des Cabinets | 8 octobre 2007

En France, la permanence historique des logiques administratives et institutionnelles a quelque chose d’effrayant.

Je suis tombé sur cette histoire à la lecture du rapport d’activité 2007 de la Cimade. On y trouve un descriptif des différents centres de rétention administrative et des données les concernants. Au chapitre concernant le CRA de Rivesaltes, on trouve cette remarque : “Sur ce terrain vague, on voit au loin les anciens baraquements où furent internés les “indésirables” des années 40, à savoir étrangers, juifs et Tsiganes”. Je me suis souvenu de l’histoire de ces camps de concentration du sud de la France destinés d’abord à l’internement des réfugiés espagnols, puis à tous les ennemis de Vichy : Argelès, Agde, Amélie les Bains…

On se souvient du cas Papon, secrétaire général de la préfecture de Gironde et chef du service des questions juives qui supervisa de 1942 à la libération, la déportation des Juifs d’Aquitaine. Il sera ensuite maintenu à son poste, moyennant la fourniture d’un certificat de résistance fumeux, puis poursuivra sa carrière de haut fonctionnaire en Corse, en Algérie, au Maroc où il réprimera les mouvements indépendantistes, puis à nouveau en Algérie, avant d’être nommé préfet de police de Paris où il s’illustrera dans la répression sauvage des manifestations du 17 octobre 1961 (voir ici) puis dans l’affaire du métro de Charonne (voir là) l’année suivante. Il quitte la haute fonction publique en 1967 pour prendre la direction de Sud-Aviation (ancêtre de l’Arospatiale) et entame une carrière politique qui l’amènera à occuper les fonctions de ministre du budget de 1978 à 1981. Enfin, des questions se posent quant à son rôle dans l’assassinat du syndicaliste Pierre Maître en 1977. Papon ne sera rattrapé par la justice qu’en 1997 avec l’ouverture de son procès pour crimes contre l’Humanité. Reconnu coupable, il est emprisonné de 1999 en 2002, date de sa libération pour raisons de santé grâce à la loi du 4 mars 2002 de Bernard Kouchner… Il s’éteint paisiblement le 17 février 2007 à l’âge de 96 ans. Papon, de par son savoir-faire, ses réseaux était devenu indispensable à la république qui ne s’embarrassa jamais de considérations éthiques pour faire appel à ses services.

L’histoire de Rivesaltes est marquée par la même invraisemblable permanence historique, la même logique de continuité tout au long du XXe siècle et jusqu’à nos jours.

Pour parler de deux espèces animales qui finissent par se ressembler à force de s’adapter aux mêmes contraintes, les zoologistes parlent de convergence. Dans le cas de Rivesaltes on pourrait parler de convergence historique tant les fonctionnaires de toutes époques et de toutes les administrations ont continué à apporter les mêmes réponses aux mêmes nécessités. Nous, citoyens, avons pourtant du mal à ne pas être assourdis par le vacarme des symboles.

1935. Le ministère de la guerre choisit la plaine Rivesaltes pour y édifier un camp militaire de 600 hectares. Le choix se porte sur ce lieu en raison de sa topologie de l’espace qui y est disponible et de sa proximité avec les grandes infrastructures de communication. Le camp entre en service en 1938.

1939. De l’autre côté des Pyrénées, c’est la Retirada, la débâcle des Républicains Espagnols écrasées par les troupes franquistes. Des milliers de réfugiés traversent la frontière avec femmes et enfants et demandent l’asile à la France du Front Populaire. Les autorités françaises prennent peur devant cet afflux de population et décident de les parquer dans des “camps d’hébergement” fermés, sous la garde de la gendarmerie. Officiellement, cette décision est prise dans une logique sanitaire et humanitaire, mais on sait depuis que les autorités françaises ont pris peur face à ce qu’elles perçurent comme un risque de contamination révolutionnaire au moment où la France s’apprêtait à entrer en guerre. Rivesaltes devient l’un de ces camps, comme Argelès sur Mer, Agde, le Barcarès… L’histoire tragique des camps de réfugiés espagnols de la Catalogne Française est racontée dans un documentaire boulversant de Jean François Imbert, “No pasaran - Album souvenir” (2003 - texte intégral du commentaire ici). Elle s’achèvera à la libération de Mauthausen le 5 mai 1945 lorsque l’armée américaine est accueillie par une banderole sur laquelle est écrit “Los españoles antifascistas saludan a las fuerzas liberadoras“. Ces Espagnols irréductibles avaient réussi à organiser une résistance armée à l’intérieur même du camp. Ils sont les derniers survivants des camps français du sud de la France.

Mais revenons à Rivesaltes.

1940. C’est la défaite. Vichy prend en main l’administration des camps et les réfugiés qui s’y trouvent deviennent des ennemis et le camp de Rivesaltes un “centre de regroupement familial” où seront internés, outre les réfugiés espagnols, des Juifs, des Tziganes, tout ce que la France de Vichy compte d’êtres inférieurs, d’inutiles, de réprouvés et de dégénérés. En 1942, toujours sous administration française, le centre se transforme en un centre de transit et les convois s’organisent vers Drancy et les camps d’anéantissement ou d’extermination de Pologne ou d’Ukraine.

Janvier 1943, les troupes allemandes occupent la zone libre, le camp de Rivesaltes est complètement purgé et retrouve sa vocation initiale de garnison. Il restera un camp militaire pendant 20 ans, jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie.

1963. A la suite des accords d’Evian, les Harkis, ces combattants algériens fidèles à la République sont rapatriés en métropole mais ne deviennent pas pour autant des citoyens français de plein droit. Des milliers d’entre eux seront internés dans le centre de Rivesaltes, ainsi que dans de nombreux autres camps partout en France. A Rivesaltes, ces oubliés de la république resteront confinés dans l’ancien camp de concentration jusqu’en 1970. Là encore, l’administration, faisant preuve de pragmatisme, met à profit un site et des aménagements qui ont fait leurs preuves. Sans honte.

1984. L’histoire bégaye, sans fin. Les Harkis sont partis, laissant une infrastructure et un lieu qui a largement fait la preuve de son efficacité en termes de détention administative… Parfait : on avait justement besoin d’un camp où regrouper les clandestins dans l’attente de leur reconduite à la frontière. Sous la responsabilité de Pierre Joxe, alors ministre de l’intérieur et 2 ans avant les premiers charters Pasqua, le camp est recyclé. Pas dans sa totalité bien sûr, juste un petit coin où on érige un petit bâtiment en X, qu’on cerne de barbelés. En 2006, le camp de Rivesaltes voit défiler 1096 personnes.

Dans l’archipel des centres de rétention administrative français, Rivesaltes occupe une place à part. De par son histoire, bien sûr, qui en fait un lieu de mémoire vivante, mais aussi de par les conditions de détention particulièrement sévères : les détenus sont ainsi enfermés dans leurs chambres durant la majorité du temps de la rétention. Le temps de promenade dans la petite cour du centre ne dépasse pas 30 minutes le matin et autant l’après-midi. Par ailleurs, les locaux sont délabrés, le confort est inexistant et l’hygiène est sommaire.

Rappelons que les hommes et les femmes maintenus en détention à Rivesaltes, comme dans tous les autres CRA de France partagent une caractéristique avec tous les détenus que le camp a vu se succéder au cours du XXe siècle : ils sont innocents de tout crime et leur internement est de nature administrative et non judiciaire.

Trois stèles commémorent les heures sombres du camp de Rivesaltes: une à la mémoire des Juifs, une autre à la mémoire des Espagnols et une autre enfin à la mémoire des Harkis. Des cérémonies du souvenir se déroulent régulièrement au camp de Rivesaltes. Tous ces cortèges passent forcément devant le centre de rétention administrative.


Vues aériennes du camp de Rivesaltes


riv.png

Cliquer pour agrandir.

L’emprise du camp de Rivesaltes. En rouge, la localisation du CRA de Rivesaltes.

cra_riv.png

Cliquer pour agrandir.

Un agrandissement du bâtiment du CRA. On distingue la clôture.

En haut à droite de l’image on distingue les bâtiments du camp de concentration.

Images Google Maps.


Quelques liens pour approfondir

Le rapport annuel sur les centres et locaux de rétention administrative - CIMADE 2006

Une histoire du camp de Rivesaltes de 1938 à 1970


Une autre source relatant l’histoire de ce camp (photos)


Les camps d’étrangers depuis 1938 : continuité et adaptations : du “modèle” français à la construction de l’espace Schengen résumé d’un article paru en 2004 dans la revue REMI


Google Group : Centres de rétention administrative


Carte des Centres et locaux de rétention administrative en France métropolitaine et outremer en 2007


Catégories: pouce, politique |

11 réponses à “Rivesaltes : les hoquets de l’Histoire”

  1. Oxygène dit:
    8 octobre 2007 à 19:19

    Je vous mets en lien sur mon blog.

  2. le Chef des Cabinets dit:
    8 octobre 2007 à 21:46

    Salut Oxygène aka Madame Michon de Guyane…
    Merci de l’attention que tu portes à mes lignes

  3. Oxygène dit:
    9 octobre 2007 à 2:44

    Et Hop ! Un petit billet c’est encore mieux qu’un lien …
    http://www.oxygene.webou.net/oxygene/index.php?2007/10/08/213-des-miradors

  4. Dom dit:
    9 octobre 2007 à 19:18

    Découvert grâce à Oxygène, je m’empresse de faire le relai sur mon blog… billet+lien…Amitiés de Mme Chumi de France à Mme Michu de Guyane….

    Ce blog donne les arguments qui me manquaient, étranglée par la colère que je suis.
    Essentiel, merci !

  5. drÖne dit:
    11 octobre 2007 à 14:29

    Ha quelle belle rationalité que celle de l’administration fronçaise ! Grace à nos sémillants technocrates, nous avons le privilège de faire coïncider harmonieusement le principe de sécurité avec celui d’économie. Louons donc notre bienveillant gouvernement, qui, en adepte éclairé de la “récup”, a préféré réutiliser un camp déjà exitant plutôt que de gréver lourdement notre économie et notre croissance en construisant à grand frais un nouveau centre de détention.

    En parfait accord avec ce principe de “fabriquer moins pour enfermer plus”, la Présidictature de Drönésie Orientale a décidé de mettre 3 de ses anciens centres d’exécution sommaire à disposition du gouvernement fronçais afin qu’il y traite autant de pièces défectueuses que les idéologies gauchistes auront réussi à produire dans sa population.

    Nous ne doutons pas qu’un tel accord de coopération internationale vivifiera l’amitié entre nos deux peuples et saura répondre aux enjeux que les flux migratoires pose à toute société carcérale avancée.

  6. le Chef des Cabinets dit:
    11 octobre 2007 à 15:35

    salut drÖne

    merci pour les centres d’exécution sommaire. un bon filon pour donner un coup de pouce à la balance commerciale de la drÖnésie qui, me dit-on, périclite…

    juste un mot pour te signaler le contre-appel d’offre lancé par fluctuat en réaction au vrai (appel d’offre) émanant du vrai (ministère). au vu du visuel de ton site, je suis sûr que tu pourrais faire bonne figure !

    des explications plus claires ici

    les contribs sont là

    et la mienne ici

  7. Oxygène dit:
    11 octobre 2007 à 17:47

    Superbe contrib, Mirador. Dommage qu’elle ait été refusée. On ne pourrait pas la détourner pour en faire des bannières ?

  8. le Chef des Cabinets dit:
    11 octobre 2007 à 18:03

    ah non !

    en cliquant ce lien vous avez approuvé un contrat de licence utilisateur final impliquant que la zone de votre encéphale dans laquelle vous avez stocké cette information est désormais propriété du mirador.

    vous êtes donc engagé à une allégeance totale.

    ps : le mirador est 110% copyleft…

  9. drÖne dit:
    11 octobre 2007 à 19:54

    Excellent ton logo !

    Si j’ai un peu de temps, j’essaierai de contribuer.

  10. Oxygène dit:
    12 octobre 2007 à 0:12

    Merci pour le copyleft. Je saurai en faire mon miel. Quant à la zone concernée de mon encéphale , elle s’est autodétruite.
    Je suis programmée pour ne jamais être sous contrôle.

  11. Oxygène dit:
    12 octobre 2007 à 23:40

    Chez moi, hélas ! http://www.oxygene.webou.net/oxygene/index.php?2007/10/12/217-vb

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